Le serpent dans la mythologie africaine

Le serpent dans la mythologie africaine

Le serpent dans la mythologie africaine

Les serpents : ils sont l’objet d’un riche et puissant symbolisme dans les traditions africaines. Certains, présentés comme agent du bonheur, sont apprivoisés, d’autres pris pour agent de malheur, sont craints et repoussés. Dans tous les cas, ils sont le véhicule d’une énergie active reçue aux temps de la première création. Le serpent le plus représentatif est le python, royal ou géant selon les régions. Animal symbolique par excellence, le python inspire une attitude religieuse non seulement à ceux qui l’ont adopté comme totem, mais aussi à tous ceux dans les croyances de qui il intervient d’une manière ou d’une autre.
Par exemple, chez les Venda, c’est le python qui, par vomissement, procéda à la création de toutes les créatures. Il est le symbole du créateur, et, à ce titre, il intervient dans de nombreuses cérémonies rituelles et religieuses, notamment dans l’initiation féminine, où les jeunes initiées miment ses mouvements en dansant, rappelant les circonvolutions originelles.
Les Peda qui habitent dans le Sud-Togo et au Bénin vénèrent le python et le considèrent comme leur totem et comme le symbole de leurs ancêtres. Pour se mettre sous sa protection et être reliés à lui, ils se font marquer dès la plus tendre enfance des scarifications faciales composées de deux traits tracés sur le front, sur les pommettes et sur les extrémités des yeux. Par ce symbole, on reconnait les personnes vouées au python. L’explication de cette attitude remonte à un mythe dans lequel cet animal joue le rôle de protecteur auprès d’un enfant endormi.
Pour les Baluba, le python participe de la nature divine, car il fut, sous la forme d’une créature de nature ambiguë, le maitre des créatures avant que ce pouvoir ne fut confié à l’homme. En effet, dans le mythe de la création, il est dit qu’ayant été à l’origine de la chute de l’homme, la créature à la nature ambiguë fut métamorphosée en deux serpents, l’un mâle, l’autre femelle, qui furent chassés du ciel en même temps que la terre. Lorsque la terre fut éloignée du ciel et leurs eaux séparées, une pluie diluvienne tomba sur le terre, perturbant tout ce qui vivait. Les deux serpents, qui vivaient dans l’eau, émirent chacun un souffle dans l’air. Les deux souffles se rencontrèrent et formèrent un arc-en-ciel. Celui-ci fit arrêter la pluie et tout rentra dans l’ordre. Depuis ce temps, par sa nature d’arc-en-ciel, le python est pour les Baluba le symbole de l’alliance entre les forces du ciel et celles de l’eau, de la paix et de l’union cosmique.
Chez les Bayaka, Kyanza Ngombi, le serpent originel, est le symbole de l’Être créateur qui, de la profondeur d’une masse inerte où il était tapi, se sentit enfermé et se mit à se mouvoir. Chaque mouvement provoqua une fissure dans la masse, et de ces fissures sortirent les créatures qui remplissent l’univers :
« Ce fut alors que surgirent des fentes béantes un être du nom de Kyanza Ngombi, ce qui signifie « La Parole première » ou « La Parole qui précède ». Cet être était un serpent immense à double tête qui, se déroulant lentement de ses spires onduleuses, diriga l’une de ses têtes vers l’Occident, et l’autre, vers l’Orient ». De par sa transpiration naîtront le fleuve Kwango et la rivière Wamba.
« Du Kwango nous avons le poisson et tout le peuple sous-marin qui nous est offert pour apaiser notre faim. De la Wamba, nous avons la nature et la végétation qui abritent les esprits de nos morts et les remèdes qui adoucissent nos angoisses ».
(Remarquons que l’Être original signifie « La Parole première », notion au combien importante dans les cosmogonies égyptiennes et africaines : voir le chapitre III).
Le caractère négatif, ambigu et équivoque du serpent apparaît également très marqué dans son utilisation symbolique. Il peut être le symbole du danger, de la sorcellerie, de la malveillance. Par exemple, il existe chez les Batomba et les Bayansi du Zaïre un rite qui consiste à rendre un serpent agressif. Chez les premiers, il est pratiqué par un chef mécontent de ses sujets qu’il veut ainsi punir en les faisant attaquer par le serpent. Tandis que chez les derniers, c’est le serpent-totem, gardien des biens de la communauté qui est rendu agressif à l’égard de tout intrus qui veut introduire le désordre.
Signalons également qu’il existe un peu partout dans l’Ouest africain un culte appelé « culte de l’arc-en-ciel » ou « culte du serpent » qui est né de la croyance selon laquelle l’arc-en-ciel est le python géant qui, ayant atteint la plénitude de ses longues années de vie, s’étend entre la terre et le soleil.
Un peu partout en zone Bantu, le python symbolise la fertilité, la fécondité, la richesse et l’abondance. Pour les Venda, la danse du python est un rite de fertilité, renouvelant le royaume, installant le roi, assurant la fertilité des femmes et des champs. Chez les Mbochi du Congo septentrional, le python symbolise : 1) la richesse (la mentalité collective attribue les bonnes récoltes au python ; il est difficile d’être riche sans posséder le talisman du python et celui-ci s’acquiert au cours d’une initiation spéciale, fort complexe et fort redoutée). 2) la force juvénile, la grâce et la beauté. 3) la tranquillité dans les contes et les fables.
Chez les Bantus du Gabon, le serpent est le symbole de l’éternité, de l’infini, du contenant et du contenu.
Chez les Daggara du Burkina Fasso, parmi les scarifications pratiquées pour des raisons curatives et religieuses, il en existe une, large et plate, qui se fait sur les joues. Les enfants la reçoivent généralement en bas-âge : c’est le signe du python, serpent mythique sous la protection duquel on place les enfants. Il est fréquent qu’un bébé venant au monde après un ainé décédé en bas-âge reçoive cette scarification. Dans ce cas, c’est une marque du retour de l’enfant dans la famille. En effet, étant donné la forte mortalité enfantine, les Daggara considèrent tout enfant en bas-âge comme un voyageur de l’au-delà, quelqu’un qui peut faire des va-et-vient selon son gré entre les deux mondes. On le marque ainsi pour qu’au cas où il mourrait, on puisse le reconnaître s’il revenait.
Dans la mythologie dogon, le serpent joue un rôle important. Arou, un des fils du grand ancêtre de tous les Dogon, ressuscita sous forme d'un serpent pour les accompagner dans leur migration depuis le Mandé jusque dans la falaise de Bandiagara. Ce Dieu serpent est vénéré à travers le grand masque dont on sculpte un nouvel exemplaire tous les 60 ans, à la fête de Sigui.
La fondation exacte de ces vases reste mystérieuse, mais on peut la rapprocher de celle d'une statuette creuse, en forme de personnage couvert de pustules et de serpents, datée du XVIème siècle.
La fréquence du motif du serpent rappelle l'histoire de l'empire de Ouagadou, dans la mythologie des Soninké. Cet empire fut fondé par un python appelé Ouagadou Bida, le premier occupant du sol, auquel il fallait sacrifier chaque année une vierge pour assurer la continuité du royaume.
Dans la légende de la disparition de Ouagadou, le culte au Bida, le serpent protecteur de l’Empire et l’existence encore aujourd’hui de faiseur de pluies et de clans aptes à communiquer avec les forces invisibles de l’eau et avec les esprits de la forêt sont autant de traces de croyances anciennes et de pratiques religieuses.
Les Bidansi ou Marega (noms de famille toujours en circulation) dans le Ghana ancien, étaient les serviteurs du culte du Bida. En résumé, le système religieux ancien soninké était fondé sur le culte du serpent et de l’hommage aux morts.
Un jour, un Soninké, fou de douleur à l'idée que sa fiancée allait être sacrifiée, tua le serpent. Une terrible sécheresse provoqua alors la ruine de l'empire et la dispersion des Soninkés. Et c'est de cette époque que date la fondation de Djenné. Aujourd'hui encore, le serpent est tabou chez les Soninkés ; celui qui en tue un s'attire les pires malheurs.

L'auteur arabe El-Bekri signale, au XIème siècle, l'adoration d'un énorme boa dans une région du Soudan, le Zafcou. L'ethnologue Germaine Dieterlen décrit de son côté une cérémonie commémorative de Ouagadou Bida au Mali, en 1954, avec un serpent en tissu de 12 m, qui évoquait le mythe des Soninkés. On peut l'interpréter de différentes façons, et expliquer la mort de Bida comme le symbole de l'islamisation du royaume de Ouagadou après l'invasion des Almoravides, ou comme la transgression sacrilège de la religion ancestrale.
Citons pour terminer E.Mveng dans « L’Art d’Afrique Noire » : « Le serpent, en Afrique, est symbole de la force royale... il est gémellité universelle : corps et esprit, monde des vivants et monde des morts, force vitale et forces occultes ».

On retrouve également en Afrique « l’Ouroboros », le fameux serpent qui se mord la queue. M.J. Kerskovits (« Dahomey, An Ancient West African Kingdom, 1938) a recueilli le mythe suivant de Aido Hwedo, le serpent arc-en-ciel dahoméen : « Quand le créateur commença à former le monde comme il existe aujourd’hui, le (Le Créateur) fut transporté partout dans la bouche d’Aido Hwedo, le Serpent qui était son serviteur. Quand la tâche de faire la terre fut finie, le Créateur vit qu’il y avait mis dessus un poids trop lourd pour qu’elle puisse le supporter. Car il y avait trop de montagnes, trop d’arbres, trop de gros animaux. Il fallait faire quelque chose pour empêcher la terre de tomber dans la mer, et c’est ainsi que Aido Hwedo, le serpent mâle fut prié de s’enrouler sur lui-même queue en bouche et de se coucher sous la terre comme les coussinets dont se servent les hommes et les femmes pour soutenir les charges qu’ils portent sur la tête. Mais, parce que Aido Hwedo n’aime pas la chaleur, le Créateur lui donna la mer pour vivre dedans » (http://afriquepluriel.ruwenzori.net/these)

patrice

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